Incitation à la haine et au racisme lors des campagnes électorales Evelyn Hecht-Galinski Traduction: Christiane Reynaud

Incitation à la haine et au racisme lors des campagnes électorales

 

Evelyn Hecht-Galinski

Commentaire du 4 mars 2020

Texte original: http://sicht-vom-hochblauen.de/hasskampagnen-und-rassismus-in-wahlkampfzeiten-von-evelyn-hecht-galinski/

Traduction: Christiane Reynaud

 

Lundi dernier, ont eu lieu les élections législatives dans « l’Etat juif » pour la troisième fois en un an : un choix entre extrême-droite, encore plus extrême-droite et fascisme. Les politiciens sionistes, Netanyahou, accusé de corruption, en tête, se sont servi d’incitation à la haine ciblée dans leur campagne électorale.

La corruption n’a rien de particulier dans « l’État juif »

Après environ 90 % du décompte actuel des voix, il semble que « Bibi » ait trouvé le ton juste auprès de ses électeurs du « peuple élu », grâce à cette « haine des Palestiniens et des Arabes » puisqu’il ne lui manquait que deux sièges pour la majorité parlementaire pour la formation du gouvernement. Il a besoin d’un ou deux transfuges d’un autre parti de droite. Les accusations de corruption et le procès imminent n’ont pas été un problème pour les électeurs, car, de toutes façons, la corruption n’a rien de particulier dans « l’État juif », elle est chronique. Mais c’est la première fois qu’elle concerne un Premier ministre en fonction qui s’est présenté comme candidat et n’a même pas songé à démissionner car il a habilement essayé de rejeter toute culpabilité et de tout mettre sur le compte de campagnes injustes. Il se range de cette manière dans la lignée de ses amis populistes comme Trump et Orbán. Si cela ne suffisait pas et qu’il ne voit pas d’avenir avec son gouvernement provisoire , il n’hésitera sûrement pas à  imposer un quatrième tour à ses électeurs lassés mais obéissants jusqu’à ce qu’il parvienne à son but.

Il reste cependant une toute petite lueur d’espoir que l’homme qui s’est déjà vanté d’avoir fait une limonade sucrée avec des citrons acides doive craindre qu’en tant que politicien sous accusation, il n’ait pas le droit de former un gouvernement.

Aucune résistance contre la politique d’annexion et l’apartheid raciste

Alors que l’alliance Bleu et Blanc atteindra probablement 55 % des voix, le nouveau bloc « de gauche » des trois partis, dont le parti travailliste et le Meretz, n’a obtenu que sept sièges. La seule alliance électorale pour une politique plus libérale et plus de gauche a été la liste commune des partis palestiniens qui, cette fois, a réussi à obtenir 15 sièges. Avec le slogan „Une liste commune pour un avenir commun“, on a voulu gagner aussi quelques électeurs juifs. Il n’y a, en fin de compte, pas d’autre résistance ou d’opposition à la politique d’annexion et d’apartheid raciste.

Carte blanche pour diffamations politiques

En réalité, Bibi n’a pas seulement mené sa campagne électorale « contre les Arabes et pour les Juifs » mais, en premier lieu, contre la justice et les médias « hostiles », tout à fait dans l’esprit de son ami et modèle, le président américain Trump. Il a donc tout fait comme il faut et , semble-t-il, réussi. Une carte blanche qui permet toutes les diffamations politiques.

En reniant la légitimité des Arabes palestiniens israéliens, il a facilité sa campagne électorale et a rendu le racisme présentable. Sa politique d’incitation à la haine lui a apporté le succès espéré. Mais les choses tourneront très mal si, après cette campagne électorale des plus sales, la pression ne monte pas pour mettre en route la libération de la Palestine et ne plus soutenir amicalement et inconditionnellement ce régime sioniste de terrorisme d’État. L’Allemagne et l’Europe doivent enfin envoyer ce signal fort.

Avec sa menace d’anéantir l’Iran, Netanyahou s’est placé sur la même ligne que son ami Trump qui s’est partialement rangé de son côté, et qui a définitivement prouvé avec son « deal pour le Moyen-Orient », que les Palestiniens n’ont plus rien à espérer des États-Unis. Comment en est-on arrivé à cette symbiose entre Trump et Netanyahou ? Tous les deux sont sous pression, l’un à cause des accusations de corruption, l’autre à cause de la procédure de destitution : ce sont des points communs ! En outre, les relations « chrétiennes sionistes » rendent possible le soutien inconditionnel de Netanyahou par Trump pour la « solution finale de la judaïsation » grâce à une probable victoire électorale. Si Trump est réélu en novembre, comme on peut s’y attendre, le cercle vicieux sera bouclé.

L’annonce de l’annexion des territoires palestiniens occupés, l’augmentation sans retenue des colonies, la promesse qu’aucun Juif ne devra rendre un lopin de terre ainsi que la promesse sacrée que Jérusalem est et restera la capitale indivisible  d’un « État Juif », tout cela lui vaut une majorité qui  pourra devenir une majorité absolue, soit avec l’aide de l’alliance Bleu et Blanc et Benny Gantz ou avec Avigdor Lieberman. Gantz, presque comme Netanyahou, s’est prononcé pour une annexion et comme Lieberman veut « écraser » Gaza, mais il n’a pas réussi à convaincre les électeurs. La majorité juive sioniste  croit que seul Netanyahou est en mesure d’assurer avec une main de fer la sécurité , l’occupation, des menaces de guerre agressives et des bombardements. Quel faux sentiment de sécurité alimenté par la haine, les mensonges et le racisme !

Dans cette ethnocratie où seuls les Juifs pourraient vivre libres sans l’occupation, toute personne qui essaie de s’entendre avec les Palestiniens ou de s’opposer au nettoyage ethnique, est marginalisée ou combattue.

La judaïsation, « solution finale » recherchée

Cela prouve à nouveau que « l’État juif », depuis sa fondation en tant qu’État sans constitution ni frontières définies, n’avait pour but que l’expansion nationaliste, la judaïsation, l’expulsion de la population arabo-palestinienne et le vol des terres.  C’est à la communauté internationale, menée par les États-Unis et surtout l’Allemagne, que l’on doit le succès croissant de cet objectif. Ce fait irréparable permet un génocide à Gaza après l’Holocauste et soutient « l’État juif » dans la réalisation de la « solution finale » de la judaïsation.

Juifs dociles, animés par la hasbara

Cet État sécuritaire, armé jusqu’aux dents aussi grâce à l’Allemagne, ne connait que des ennemis et a besoin de dirigeants autoritaires qui défient toutes les normes démocratiques, l’essentiel étant de tenir les Palestiniens en échec et à l’écart du pouvoir, de la possession et de la société. Ces citoyens sionistes révisionnistes sont exactement « l’espèce » qu’on voulait avoir. Nous trouvons ce phénomène « d’élevage » également dans la diaspora juive. Des Juifs dociles, animés par la hasbara, soutiennent une « démocratie juive », des discriminations racistes, voir meurtrières, contre les Musulmans, contre les Palestiniens par l’occupation et les nettoyages ethniques. Entre-temps, ça ne joue plus aucun rôle qu’on soit libéral ou orthodoxe, le soutien indéfectible et la solidarité soudent cette communauté juive avec « l’État juif d’apartheid ».

Le « bras long » de « l’État juif » arrive jusqu’en Allemagne

Tout citoyen juif qui s’oppose, porte un regard critique sur « l’État juif » et, peut-être même, qui soutient activement le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions), est rejeté, dénigré en tant qu’antisémite, marginalisé, diffamé, privé de ses droits, par exemple avec des fermetures de comptes, la restriction de la liberté d’expression par le refus de location de salles de conférences, et dénié par les médias. C’est ainsi que le « bras long » de « l’État juif » avec son lobby pro-israélien atteint avec force l’Europe et particulièrement l’Allemagne.

En tant que citoyens épris de liberté, nous devons nous y opposer et lutter contre toute forme de deshumanisation, de discrimination, aussi bien ici que dans « l’État juif » pour faire prévaloir les principes des droits de l’homme, de la justice et de la dignité humaine, pour assurer le maintien de la démocratie. Nous devons aussi le rappeler à tous les politiciens qui oublient (consciemment) de plus en plus ces principes ou ne les appliquent plus.

Pas de raison d’État pour la sécurité d’Israël

C’est aussi ainsi qu’il faut juger le voyage inattendu d’Armin Laschet, le Premier ministre de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NRW), candidat à la présidence de la CDU et au poste de chancelier, qui est arrivé le week-end dernier à Jérusalem, donc juste avant les élections dans « l’État juif », avec un grand cortège de journalistes, sous prétexte de  visiter une fois de plus Yad Vashem, pour ouvrir un bureau de contact de la NRW à Tel Aviv et montrer son attachement à Israël. Mais il était apparemment plutôt question de prouver qu’il était un « homme d’État  à la hauteur d’être chancelier »  et de supplanter ses concurrents. Mais ce que Laschet s’est permis, « en homme d’État », lors de sa rencontre avec le Président israélien Rivlin, dépassa presque le niveau habituel de fayotage allemand. Laschet se déclara honteux que, 75 ans après la libération d’Auschwitz, il y ait à nouveau du racisme et de l’antisémitisme en Allemagne et qu’il soutenait Markel d’avoir décrété en 2008 que la sécurité d’Israël était raison d’État. Il a assuré à Rivlin que l’Allemagne est un État fort qui luttera avec une société civile solide contre le racisme, l’antisémitisme et la discrimination. Par contre il n’évoqua pas d’une syllabe le racisme, l’occupation et la discrimination des Palestiniens et ne fit pas un crochet dans les territoires occupés. Pour lui, l’amitié avec « l’État juif » semble être si marquante et si illimitée qu’il ferme « avec complaisance » les yeux sur les crimes contre le droit international et les nettoyages ethniques, ce pourquoi il est en bonne compagnie avec la chancelière Merkel. Le public n’a pas su s’il avait aussi reçu  rapidement un briefing « politico-sioniste » pour pouvoir devenir chancelier, mais cela semble tout à fait probable. Laschet déclara après sa visite de Yad Vashem : « De l’Histoire découle notre responsabilité d’étouffer le mal dans l’œuf ». Comme c’est vrai, Monsieur Laschet, mais cela signifie que l’on ne ferme pas les yeux sur la responsabilité envers les Palestiniens ; elle découle pour nous de l’Holocauste et vous n’y répondez en aucune façon. Vous avez ainsi prouvé, Monsieur Laschet que nous n’avez tiré aucune leçon de l’Histoire et vous avez envoyé un mauvais signal !

Qu’est-ce qui nous distingue à proprement dire des États comme « l’État juif » ?

En effet, nous n’avons (plus !) de camps de concentration, mais le racisme et la haine font aussi en Allemagne de plus en plus d’adeptes. Nous constatons déjà une augmentation des attentats contre des mosquées et une multiplication des préjugés, non seulement contre les Musulmans mais aussi contre les migrants. Ce sont ces préjugés, la brutalité verbale et l’influence de Björn Höcke (de l’AfD) dans certaines régions de l’Allemagne qui devraient nous obliger à agir.

Ce sont les déclarations de politiciens comme Merz de la CDU et Lindner du FDP, de « l’union des valeurs », du président de l’Union des Jeunes de la CDU Tilman Kuban qui sont très inquiétantes, car, sous prétexte de maintenir la démocratie, ils font exactement le contraire : ils attisent la haine et entrainent l’Allemagne dans un courant dangereux. Ce sont les « criminels de bureau » des médias, de certains blogs et agitateurs d’extrême-droite qui ne veulent qu’humilier les Musulmans et discréditer l’islam. Le fait que les attentats contre les mosquées augmentent massivement en Allemagne et que les Turcs ou les Allemands d’origine turque et les Musulmans deviennent les victimes de prédilection des meurtres est aussi une conséquence de la « culture dominante » mal comprise et d’une politique raciste que nous devrions tous combattre. Tout comme nous avons besoin d’un commissaire au racisme, nous avons aussi besoin de politiciens qui prennent garde de ne pas « montrer de la compréhension pour l’AfD et ses électeurs » comme l’a fait l’ancien président fédéral Gauck lors de la présentation plus que discutable de son livre. Monsieur Gauck, de cette façon, vous avez rendu un mauvais service à l’intégration et à la démocratie.

Nous ne voulons pas d’une « israélisation » en Allemagne, ce qui serait un très mauvais exemple pour une société libre. Il en va de même pour la « trumpisation » états-unienne qui n’apporte que des changements de régime, des guerres meurtrières et des milliers de réfugiés expulsés de leur patrie détruite par les bombes.

Nous n’avons pas besoin de campagnes de haine et de racisme en période électorale.

 

 

 

 

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