L’Holocauste et la Nakba sont indissociables Evelyn Hecht-Galinski Traduction : Christiane Reynaud

L’Holocauste et la Nakba sont indissociables

Evelyn Hecht-Galinski

Commentaire du 25 janvier 2022

Texte original : http://sicht-vom-hochblauen.de/der-holocaust-und-die-nakba-unteilbar-verbunden-von-evelyn-hecht-galinski/

Traduction : Christiane Reynaud

 

Le 27 janvier 2022, en souvenir des victimes du national-socialisme, le Parlement allemand  commémore pour la 26ème fois le 77ème anniversaire de la libération d’Auschwitz par les troupes soviétiques le 27 janvier 1945. Il faut le mentionner, particulièrement à l’heure actuelle, vu que nous vivons une période de confrontation et de haine envers la Russie. Sur la liste des orateurs de la cérémonie se trouvent les noms d’Inge Auerbacher, une Juive allemande de 87 ans, survivante de l’Holocauste, et de Mickey Levy, un Israélien d’origine kurde, président de la Knesset, le Parlement israélien. En ce jour de commémoration, je pense particulièrement aux paroles de mon père Heinz Galinski, lui-même survivant de l’Holocauste et d’Auschwitz : “Je n’ai pas survécu à Auschwitz pour me taire devant une nouvelle injustice”.

 

Le peuple palestinien, victime oubliée de la domination nazie

Ne devrait-on pas profiter de ce 27 janvier pour mettre en lumière le rapport indissociable de la souffrance des Juifs et celle des Palestiniens ? Cela est nécessaire et aurait dû être fait depuis longtemps. Car la souffrance des Palestiniens ne serait pas concevable sans l’Holocauste des Juifs, donc les Allemands ont également une responsabilité envers le peuple palestinien, victime oubliée de la domination nazie ! Le travail de mémoire est si important – pour les Palestiniens et pour les Juifs.

Ce n’est qu’en reconnaissant la souffrance de l’autre en tant que part de la sienne propre que l’on pourra se libérer des traumatismes. Une histoire cruelle a dressé des Palestiniens innocents et des Juifs innocents les uns contre les autres. Tous deux ont subi des injustices odieuses – le racisme européen contre les Juifs et le colonialisme contre les Palestiniens.

L’Holocauste et la Nakba resteront toujours les événements traumatisants de l’histoire juive et de l’histoire palestinienne. Ils ne sont pas identiques, mais ont une portée comparable. En effet, la Nakba, la « catastrophe », perdure jusqu’aujourd’hui – elle signifie la perte des terres, de la propriété et équivaut au nettoyage ethnique. La souffrance indicible des Palestiniens commença avec la création de « l’État juif » en 1948.  Ils sont devenus des victimes de l’Holocauste. Ce rapport n’a jamais été reconnu et ni l’Allemagne avec sa « raison d’État » pour « l’État juif », ni Israël n’ont assumé cette histoire.

 

Terrible manœuvre de diversion des atrocités commises par « l’État juif »

Le « droit à l’existence » d’Israël transforme l’injustice en droit et « ennoblit » un État sans frontières définies, seulement construit sur des bases d’expansion et d’expulsion. Un tel Israël ne doit avoir ni une raison d’État allemande ni le droit à la reconnaissance.

À l’occasion du 80ème anniversaire de la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, lors de laquelle la « solution finale » de la question juive et l’extermination systématique des Juifs avaient été discutées, l’Allemagne et Israël ont présenté aux Nations-Unies une résolution contre  le négationnisme. C’est une nouvelle instrumentalisation de cet organisme et une terrible manœuvre de diversion des atrocités commises par « l’État juif ».

Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee avait réuni quinze hauts responsables du gouvernement nationaliste du Reich et autorités SS sous la présidence du Obergruppenführer des SS Heydrich. Le but principal de cette conférence n’était d’ailleurs pas de statuer sur la « solution finale », l’Holocauste étant déjà en cours depuis l’attaque contre l’Union soviétique en 1941, mais la déportation de toute la population juive, de son organisation et de la coopération entre les participants.

Le terme « conférence de Wannsee » est apparu après la fin de la guerre, en référence au lieu de la réunion « Am Großen Wannsee », à la maison d’hôtes de la police de sécurité nazie, l’ancienne « Villa Marlier ». La villa de Wannsee est aujourd’hui un mémorial de l’Holocauste.

 

Le plan « Dalet », plan directeur de la conquête de la Palestine

En ce qui concerne la Palestine, il faut rappeler le plan « Dalet », le plan directeur de la conquête – sans le mettre sur le même pied -. Le 10 mars 1948, deux mois avant la fin de l’administration britannique en Palestine sur l’ordre des Nations-Unies, un groupe de hauts politiciens sionistes s’est réuni à la « Maison Rouge » à Tel Aviv, le quartier général de la milice clandestine Haganah. David Ben Gourion, plus tard Premier ministre d’Israël, avait organisé l’invitation. Des politiciens et des chefs militaires y ont participé, entre autres Yigal Allon (plus tard ministre des Affaires étrangères), Moshe Dayan (plus tard ministre de la Défense et des Affaires étrangères), Yigael Yadin (plus tard Vice-Premier ministre) et Yitzhak Rabin (plus tard Premier Ministre et prix Nobel de la Paix). Ils élaborèrent la version finale d’un plan directeur pour expulser la population arabe : le « plan Dalet » (Plan D). Le territoire – qui n’appartenait qu’à onze pour cent aux immigrants juifs qui ne représentaient même pas un tiers des habitants – devait être systématiquement libéré pour une colonisation juive définitive, et tous les moyens étaient bons pour y parvenir. (« Le nettoyage ethnique de la Palestine » par Ilan Pappé).

La judaïsation de la Palestine a été préparée dans cette « Maison rouge » à Tel Aviv. Mais il n’existe ni souvenir, ni mémorial de cette maison pour ce 10 mars 1948. Alors que le négationnisme et la trivialisation de l’Holocauste sont interdits, la négation de la Nakba n’est pas passible de sanction pénale et le terme ne trouve pas le soutien des Nations-Unies. Avec cette vision partiale de l’Histoire, l’Etat occupant d’apartheid essaie par tous les moyens de préserver son « unicité » – contre toutes les connaissances acquises.

Les horreurs que les idéologies racistes représentent pour l’humanité persistent, sont niées et minimisées lorsqu’il s’agit du racisme sioniste. De cette façon, l’Allemagne participe activement à l’occupation illégale de la Palestine. Avec des « visites forcées » dans les camps de concentration et les mémoriaux pour les enseignants et les élèves, comme l’exige le « commissaire à l’antisémitisme » du gouvernement fédéral Klein, on n’obtient qu’un « souvenir forcé » sans empathie. C’est seulement avec une explication véridique de l’Histoire que le travail de mémoire pourra réussir.

 

Israël : un État d’apartheid raciste – Le temps du BDS est venu !

C’est la réalité : Les massacres israéliens sont le prix payé pour un État juif en Palestine. Curieusement, les libéraux occidentaux ont gardé le silence devant les massacres par Israël d’hommes non armés, de femmes et même d’enfants qui manifestaient pour leurs droits. La coalition allemande « feu tricolore » que jugée pour son « renouveau », ferait bien de se laisser juger pour ses actes et d’agir avec Israël comme elle le fait avec d’autres États. La lutte pour la liberté de la Palestine et la fin de l’occupation doivent devenir une priorité absolue. Ce serait un signal! Mais cette coalition « feu tricolore » semble faire exactement le contraire et continue de faire la cour partialement à « l’État juif » et de satisfaire ses exigences. C’est honteux et dangereux !

Nous savons tous qu’Israël est un État d’apartheid raciste qui assassine de sang-froid quotidiennement des Palestiniens. Il est temps de lui demander de rendre des comptes et de rendre justice aux Palestiniens.

La résistance légale palestinienne pour obtenir la liberté et le droit de retour dans leur patrie est donc très importante et digne de soutien. Il est donc impensable, immoral et injuste que l’oppression et l’humiliation permanentes par l’occupation militaire israélienne perdurent. Les Palestiniens ne capituleront jamais devant les conditions humiliantes d’Israël. Dans l’Histoire moderne, il n’y a pas de précédent où un peuple assiste impuissant au vol de sa patrie sans se défendre, et cela est tout à fait légitime ! Le peuple palestinien a prouvé pendant 73 ans qu’il n’était pas une exception.

 

L’Holocauste et la Nakba sont indissociables. L’heure du boycott, du désinvestissement et des sanctions est venue !

 

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