Responsabilité historique Evelyn Hecht-Galinski Traduction : Christiane Reynaud

Responsabilité historique

Evelyn Hecht-Galinski

Commentaire du 15 février 2022

Texte original :

Traduction : Christiane Reynaud

 

Quand on lit la presse écrite allemande ou écoute les politiciens allemands, on se demande où est restée la responsabilité pour l’Histoire. Ce sont en général des formules vides, même si Amnesty international a enfin repris ce terme que divers militants et organisations du monde entier pour les droits de l’homme utilisent depuis des années : APARTHEID ! Le rapport d’Amnesty international vient d’être publié dans lequel la secrétaire générale Agnès Callamard accuse d’apartheid Israël qui traite les citoyens palestiniens de citoyens « inférieurs ». Le rapport cite en détail toutes les atrocités que « l’État Juif » fait subir à ses citoyens palestiniens.

 

Amnesty International décrit la politique raciale israélienne

Il s’agit d’une documentation accablante sur la pratique israélienne d’oppression, de domination et d’humiliation avec sa politique raciale démographique. Le seul but est de faire avancer la judaïsation à l’aide de restrictions de mouvement, de nettoyage ethnique, de déplacements forcés, de discrimination gouvernementale et de refus de citoyenneté et de nationalité. Cela inclut également les réglementations sophistiquées et différenciées en matière de citoyenneté, qui distinguent délibérément les Juifs et les Palestiniens, ainsi que la classification de divers groupes en citoyens palestiniens de « l’État juif », en citoyens de Jérusalem, Palestiniens de Cisjordanie occupée, de la bande de Gaza, et en réfugiés.  L’apartheid s’applique aussi à un petit groupe de Palestiniens qui possèdent la citoyenneté israélienne. Eux aussi sont, comme l’explique clairement le rapport, discriminés et traités comme des citoyens de seconde classe par « l’État juif » qui, grâce à la structure inégale de citoyenneté, leur refuse les droits dont jouissent les citoyens juifs.

Depuis sa création, cet « État juif » est construit avec des lois et des structures telles que la cause des Palestiniens, en tant que citoyens inférieurs, est perdue d’avance.  https://www.amnesty.de/informieren/aktuell/israel-amnesty-bericht-systematische-menschenrechtsverletzungen-an-palaestinenser-innen

https://www.middleeastmonitor.com/20220207-israel-set-to-punish-amnesty-international-in-wake-of-apartheid-report/

« L’État Juif » a, en outre, corroboré tous les reproches émis en prévoyant de réintroduire la soi-disant « loi sur la citoyenneté », une loi raciste qui doit empêcher des conjoints palestiniens d’Israéliens juifs d’obtenir la citoyenneté.  C’est une loi que précisément l’Allemagne devrait torpiller car elle rappelle la pratique fasciste de l’époque nazie allemande. https://www.jungewelt.de/artikel/420441.diskriminierung-von-pal%C3%A4stinensern-rassistische-praxis.html

https://www.faz.net/aktuell/politik/auf-hartem-kurs-17786900.html

 

Le gouvernement fédéral se dérobe une nouvelle fois à ses responsabilités historiques

La coalition « tricolore » allemande fait preuve d’incapacité en critiquant le rapport d’AI et, à l’instar du ministère des Affaires étrangères sous A. Baerbock, rejette net le reproche d’apartheid,  sous le prétexte fatal qu’il « encouragerait involontairement » la « montée inquiétante de l’antisémitisme ». Elle rejette également la soi-disant « focalisation unilatérale » de la critique d’Israël qui ne « contribue pas à trouver une solution au conflit du Proche-Orient », alors que les gouvernements allemands n’ont rien eu de substantiel à proposer à part le mantra obsolète de la « solution à deux États » qu’Israël refuse avec véhémence, pour stopper le vol permanent des terres par Israël et aider le peuple palestinien à rentrer enfin dans ses droits !

Le gouvernement allemand, s’est dérobé une nouvelle fois honteusement à sa responsabilité historique et a adopté la position de l’État d’apartheid, ce qui non seulement ne contribue pas à une solution du conflit mais est manifestement plus que nuisible et contraire au droit international selon les « valeurs « occidentales » !

Déjà auparavant, le Conseil central des Juifs d’Allemagne avait accusé Amnesty international « d’antisémitisme » et de « diabolisation » d’Israël. Il se fait à nouveau manifestement, en tant qu’organisation de droit public (financée par les contribuables allemands), le porte-parole de « l’État juif » et ne remplit pas sa tâche propre, c’est-à-dire de s’occuper des intérêts juifs en Allemagne au lieu de travailler  pour la hasbara sioniste. Rien d’étonnant à cela, car Lapid, le ministre israélien des Affaires étrangères prétend que le rapport de l’AI contient des « mensonges propagés par des organisations terroristes ».

Il est donc clair que les médias allemands ont littéralement redoublé de zèle pour critiquer le rapport et n’ont honteusement pas hésité non plus à reprendre les reproches « d’antisémitisme ». On sent vraiment qu’ils se rangent tous du côté d’Israël, en mépris du droit international et des droits de l’homme, alors qu’il n’y a personne du côté des Palestiniens, comme toujours !

 

Gideon Levy : Dites-moi ce qui est faux dans le rapport d’Amnesty sur Israël

Le journaliste Gideon Levy est d’un tout autre avis. Dans un excellent commentaire dans le Haaretz il pose la question suivante : « Dites-moi ce qui est faux dans le rapport d’Amnesty sur Israël ». L’ancien procureur général israélien Michael Benya s’est aussi exprimé clairement dans une tribune sur « Deux peuples qui n’ont pas les mêmes droits».                 http://sicht-vom-hochblauen.de/sagen-sie-mir-was-im-amnesty-bericht-ueber-israel-unwahr-ist-von-gideon-levy/

https://www.fr.de/meinung/gastbeitraege/zwei-voelker-mit-ungleichen-rechten-91287316.html

La réaction d’Amnesty Deutschland à ce rapport a été embarrassante et lâche : elle a cru devoir le publier avec un ajout cafouilleux et révoltant qui a brusqué Amnesty international et qui est indigne de la section allemande d’une organisation internationale de défense des droits de l’homme.

https://www.amnesty.de/informieren/aktuell/menschenrechte-schuetzen-antisemitismussensibilitaet-staerken

 

Première visite d’Annalena Baerbock dans « l’État juif d’apartheid »

Ce furent donc les signes précurseurs du voyage d’Annalena Baerbock, la nouvelle ministre des Affaires étrangères des Verts, lors de son premier voyage dans « l’État juif d’apartheid » et en Palestine.

Le voyage commença, bien sûr, par la visite du mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem où elle commémora les six millions de Juifs assassinés et appela, les larmes aux yeux, à une lutte déterminée contre l’antisémitisme et considéra, « justement en tant que représentante de la jeune génération » qu’il était de son devoir absolu de perpétuer le souvenir de ce crime contre les droits de l’homme qui ne doit jamais se répéter ». « En tant que mère de deux petites filles » elle a honoré d’une voix saccadée la mémoire des enfants victimes de l’Holocauste et déclaré qu’elle avait du mal à supporter l’idée de la douleur de chaque enfant, de chaque mère, de chaque père ».

De telles déclarations restent toutefois hypocrites et peu crédibles car elles ne valent jamais pour les enfants palestiniens et leurs parents. Elle aurait pu laisser libre cours à ses larmes, surtout à Gaza, bouclée par Israël en violation du droit international, devant la douleur et la souffrance des innombrables mères, pères, enfants, veuves et orphelins, des milliers de victimes du génocide sioniste qui élimine impitoyablement des familles entières.

Baerbock a rencontré le Premier ministre Bennett, le ministre des Affaires étrangères Lapid et le président Herzog qui se sont tous des opposants avérés à un État palestinien et à la solution à deux États. Elle a quand même caqueté inlassablement sur « la meilleure solution, la solution à deux États » pendant que les Israéliens devaient rire en catimini de l’entendre rabâcher comme un perroquet.

Bien qu’elle ait critiqué la construction de colonies en Palestine occupée comme étant nuisible et incompatible avec le droit international, elle leur offrit un « bonbon » et assura de sa solidarité cet État d’apartheid violant le droit international, sans omettre le mantra de la raison d’État allemande pour la sécurité de « l’État juif », à la grande joie des occupants !

Instaurer le 11 mars comme « Journée européenne pour les victimes du terrorisme » est une bonne  idée car ce serait une autre occasion, particulièrement en Allemagne, de commémorer les milliers de victimes palestiniennes de la terreur sioniste !

 

Steinmeier : une autojustification nocive et un oubli malveillant de l’Histoire

Dimanche dernier, l’ancien nouveau président fédéral a été réélu en grande pompe. Je ne comprendrai jamais qu’on puisse élire quelqu’un qui, en tant qu’ancien chef SPD de la chancellerie, a laissé souffrir, pendant des années à Guantanamo, alors qu’il était totalement innocent, Murat Kurnaz qui vivait en Allemagne! Par hasard et en même temps que « l’intronisation » et la réélection du chef de l’Etat, la Berlinale a montré un nouveau film sur le cas Kurnaz, dans l’optique de sa mère ; espérons que ce film passera bientôt à la télévision. https://www.zeit.de/news/2022-02/13/dresen-politik-muss-sich-bei-murat-kurnaz-entschuldigen

Il n’y a sûrement rien de substantiel à espérer de ce président fédéral qui, en tant que ministre des Affaires étrangères, a planté des « arbres de l’occupation » et qui a pimenté son actuel discours de prise de fonction d’accusations et de menaces insoutenables à l’égard de Poutine, au lieu d’aspirer à une politique pacifique avec notre voisin. Sa façon d’agir n’est pas « apolitique » et il n’est pas non plus « soucieux de la paix » comme il l’a prêché sur un ton pastoral. À mes yeux, Steinmeier n’est pas apte à être le président de tous les Allemands car il fait preuve d’une autojustification nocive et un oubli malveillant de l’Histoire envers la Russie à qui, pendant la guerre, l’Allemagne a causé la mort de 27 millions de personnes de qui on devrait honorer la mémoire comme on le fait pour l’Holocauste. La Russie est notre pays voisin naturel, avec lequel les Allemands veulent vivre en paix et commercer pour le bien de nous tous – malgré les campagnes politiques et médiatiques quotidiennes de dénigrement -. Le gouvernement allemand agit comme un vassal et non dans l’intérêt de la population allemande, mais uniquement dans l’intérêt des États-Unis. Notre avenir s’annonce donc plus que sombre.

 

Retour au « Reich » juif ?

Qui sont les bénéficiaires de cette politique occidentale des « valeurs » provocatrice menée par l’OTAN états-unienne ? Le vassal « État juif d’apartheid » enfourche déjà le même cheval et appelle les Juifs ukrainiens au « Retour au Reich juif » après une réunion de shabbat convoquée à la hâte par le chef du gouvernement Bennett.  Ainsi s’unissent les trublions de tous les pays.

Et le dernier gros titre : le chancelier Scholz promet des millions d’euros à l’Ukraine. Cet argent manque en Allemagne aux victimes des inondations catastrophiques de 2021 qui attendent toujours de l’aide. Eh oui, Monsieur Scholz a ses priorités !

Il ne nous reste donc plus qu’à défendre notre liberté et celle de la Palestine face aux innombrables idéologies racistes dans le monde et à assumer ainsi notre responsabilité historique.

 

 

 

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