Sicht vom Hochblauen

Evelyn Hecht-Galinski

Le racisme culturel a L`egard des Musulmans et L`islam Evelyn Hecht-Galinski Traduction Christiane Reynaud

Le racisme culturel à l’égard des Musulmans et l’islam

 

Evelyn Hecht-Galinski

Commentaire du 8 août 2018

Texte original : http://sicht-vom-hochblauen.de/der-kulturrassismus-gegen-muslime-und-den-islam-von-evelyn-hecht-galinski/

Traduction : Christiane Reynaud

 

Un problème latent a enfin déclenché un débat important après la démission du footballeur Mesut Özil. Oui, nous avons un problème de racisme, et, oui, il touche principalement les Musulmans. Ce n’est pas un nouveau problème, il était sous-jacent depuis des décennies dans la société.

 

En effet, ce problème n’a pas dérangé beaucoup le public, à part, dans les années 2000 à 2006, les meurtres du NSU qui n’ont longtemps pas été élucidés, d’autant plus que les autorités avaient laissé entendre que les « marchands de kebab turcs » venaient d’un milieu criminel et s’étaient vraisemblablement entretués. Après coup, la situation fait honte : pendant des années, on a parlé des « meurtres Döner » et considéré les concitoyens turcs comme des marginaux non-intégrés. Nous voyons encore aujourd’hui à quoi cela a mené.

 

C’est toujours dangereux quand un sentiment de supériorité se propage contre des personnes soi-disant « inférieures ». Le nouveau racisme n’a rien à voir avec l’idéologie raciale de l’époque nazie mais il se nourrit de xénophobie et d’un racisme culturel qui touche principalement les Musulmans et l’islam.

 

De plus, le lobby pro-israélien zélé et ses connections médiatiques à toute épreuve mettent constamment en garde contre le problème quasi inexistant de l’antisémitisme, ce qui peut être considéré à juste titre comme une tactique de diversion adroite pour détourner toute critique de « l’État juif » et de son système de racisme latent, d’occupation et d’apartheid.

 

Pendant que la République fédérale d’Allemagne négligeait de façon impardonnable l’extrémisme de droite et, selon une vieille tradition, faisait de la gauche l’ennemi déclaré et dangereux, la nouvelle droite a pu s’établir de plus en plus ouvertement.

 

Le service allemand de protection de la constitution qui avait déjà, dans l’après-guerre, coopéré avec des groupes de droite et, par la suite avec des néonazis, a une grande part de responsabilité dans cette évolution.

 

Tout cela s’inscrit exactement dans le schéma selon lequel le service de protection de la constitution observe les membres de la Gauche alors que des politiciens de l’AfD comme Björn Höcke peuvent donner libre cours à leur racisme sans être inquiétés.

 

S’il est vrai que le président du service de la protection de la Constitution, Hans-Georg-Maaßen, a rencontré à plusieurs reprises la présidente de l’AfD, Frauke Petry, et il y a lieu de le croire, cela jette une lumière significative sur cette autorité et son président. D’après les affirmations de Franziska Schreiber, ancienne proche collaboratrice et fonctionnaire de l’AfD, dans son livre « Inside AfD », Maaßen aurait conseillé à Petry d’engager une procédure d’exclusion du parti contre le président régional de Thuringe Björn Höcke pour éviter une observation par le service de protection de la constitution « que lui-même ne souhaitait pas ». Maaßen n’a pas nié avoir rencontré la cheffe de l’AfD Petry, mais a rejeté l’ accusation de l’avoir conseillée. Petry a également nié la „coopération“, mais, fait est que Petry et Maaßen se sont rencontrés plusieurs fois. Petry a également rejeté les accusations de consultation comme étant inventées de toutes pièces. Cependant, en 2016, l’hebdomadaire Der Spiegel avait déjà informé que la cheffe de l’AfD avait été conseillée par le service de protection de la constitution : Maaßen aurait alors mis Petry en garde contre les activités subversives d’extrême-droite de son parti en Sarre.

 

À mon avis, ces accusations s’inscrivent très bien dans la vision d’ensemble que j’ai du service de protection de la constitution, particulièrement après mon expérience avec les attentats toujours pas élucidés sur la tombe de mon père à Berlin. Là aussi, le rôle joué par le service de protection de la constitution me parait plus que douteux. C’est un fait incontestable que ce service a une affinité avec les milieux de droite et met en garde contre les ennemis déclarés de gauche et contre les Musulmans.

 

Je m’en rends compte actuellement, quand le service de protection de la constitution met en lumière « le risque potentiel non négligeable» que représentent les enfants « éduqués dans l’idéologie islamiste ». Cette analyse plus que douteuse va encore plus loin et prétend même que ces enfants sont « dès la naissance élevés avec une vision du monde extrémiste qui légitime la violence contre les autres et dénigre tous ceux qui n’appartiennent pas à leur propre groupe ». C’est exactement l’inverse, car, n’est-il pas par principe dangereux de considérer les mineurs comme un problème de sécurité ? Si on met l’accent de cette façon sur cette idée de prévention partiale, on n’est plus loin de mettre les enfants et les jeunes « par précaution » en prison, de les expulser s’il s’agit d’étrangers, ou même de les interner dans de futurs centres de transit !

 

J’aimerais bien demander au service de protection de la constitution ce qu’il pense des nombreux Allemands qui servent comme « volontaires » dans la soi-disant « plus morale de toutes les armées de défense » dans « l’État juif » pour garantir la judaïsation éternelle de la Palestine, ou des enfants d’extrémistes de droite enclins à la violence ou encore des dits « Reichsbürger » (citoyens du Reich) en Allemagne ? Ou bien voulons-nous adopter le programme du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, l’ami de Netanyahou, pour bientôt éduquer « patriotiquement » les enfants dès la maternelle aux « valeurs chrétiennes et à l’amour de la patrie » ? Pendant le creux estival, des politiciens comme Patrick Sensburg, responsable pour la sécurité à la CDU, imaginent déjà de placer des enfants de moins de 14 ans sous la surveillance de l’État.

 

Le président du service de protection de la constitution Maaßen ne tente-t-il pas de détourner l’attention de bien d’autres problèmes avec ce qu’il désigne comme « le défi des années à venir », en attirant l’attention sur la menace que représentent les Musulmans et l’islam ?

 

En ces temps où plus de 90 mosquées sont surveillées et où on attire constamment l’attention sur leur dangerosité et celle de leurs administrateurs, nous devions tous nous opposer à ce racisme culturel et cette marginalisation. En effet, nous avons déjà eu ce genre de marginalisation contre un groupe religieux. Les Musulmans sont-ils donc les Juifs actuels ?

 

Je me souviens encore très bien quand, en 2015, Jürgen Todenhöfer que j’estime beaucoup, a mis sur sa page Facebook la toute nouvelle chanson intitulée « Nie mehr Krieg » (Plus jamais de guerre) du chanteur Xavier Naidoo. A l’époque, Todenhöfer m’avait beaucoup impressionnée car il avait été l’un des seuls à prendre clairement position contre une opération militaire contre l’organisation terroriste État islamique (EI) lors du scrutin au Parlement fédéral allemand ; il avait divulgué auprès du public cette chanson alors encore inédite qui s’engageait contre « les solutions militaires des conflits » et critiquait les préjugés contre les Musulmans. Après que Todenhöfer ait appelé ses abonnés de Facebook à diffuser largement ce message, cette vidéo a été écoutée directement par plus de 3 millions d’utilisateurs, partagée environ 120.000 fois et plus de 60.000 fans ont cliqué « J’aime ». Tout dans cette chanson tapait dans le mille et elle est sortie au bon moment. Typique dans cette histoire a été que de nombreux médias se sont immédiatement jeté sur Todenhöfer et sur Naidoo pour les délégitimer en tant que « personnages controversées ». Si Todenhöfer avait publié une chanson d’un rappeur juif, les médias l’auraient certainement couvert d’éloges. Du reste, Todenhöfer a aussi été une des rares personnalités en Allemagne à ne pas avoir oublié Gaza et à avoir pris position contre « l’orgie de bombardements » des Israéliens.

 

Aujourd’hui, en 2018, nous assistons à une augmentation du racisme culturel contre les Musulmans qui atteint des proportions inquiétantes et prend des formes de plus en plus dangereuses. C’est un nouveau genre de langage populiste dangereux qui n’a plus de contenu politique mais qui ne concerne que les personnes, leurs racines et leur origine qui restent toute la vie.

 

Ce fut ainsi pour Mesut Özil qui, de footballeur allemand de classe internationale est brutalement passé à « Turc » lorsque l’équipe allemande a été éliminée à la Coupe mondiale de football. Alexander Gauland de l’AfD utilise perfidement ce langage raciste quand il déclare ne pas vouloir le footballeur noir Boateng comme voisin ou bien vouloir « évacuer » vers l’Anatolie l’ancienne ministre d’État d’origine turque Aydan Özoğuz. Il a ainsi ouvert la voie à un racisme politique que d’autres politiciens ont repris avidement et imité. N’oublions pas avec quel zèle le « ministre de la patrie » Seehofer de la CSU a contribué à cette évolution et ne veut pas non plus se distancer de certaines de ses néologismes. J’espère seulement que la CSU payera le prix de son comportement lors des prochaines élections en octobre et que nous pourrons expulser ce ministre de la patrie vers sa Bavière natale où il pourra attendre la retraite dans son « centre de transit ou d’ancrage ».

 

 

Alors que le racisme antimusulman augmente et que les Musulmans, surtout les hommes, sont confrontés à des préjugés tels que « Musulman plus masculin égale agressif », qu’on les soupçonne d’être en soi des terroristes et qu’ils soient de ce fait toujours des « suspects » on crée une ambiance irascible qui peut rapidement se transformer en bombe incendiaire. J’ai bien peur qu’une fois que les mosquées et le Coran brûleront, on poussera des hauts cris. Dans ce contexte, il est également tout à fait typique que le ministre des Affaires étrangères Maas s’inquiète de la réputation de l’Allemagne à cause du débat sur Özil au cours duquel il a lui-même joué un mauvais rôle et s’est exprimé dans le journal Bild de Springer, ce quotidien peu « appétissant » qui avait lui-même orchestré cette traque contre le footballeur.

 

On peut voir à quoi cette politique de haine et de marginalisation mène en Autriche où on enregistre une augmentation inquiétante des commentaires haineux contre les Musulmans depuis que le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) a pris le pouvoir avec la Parti populaire autrichien (ÖVP). On peut constater combien de mépris et de dégoût découlent de ce genre de politique de marginalisation.

 

On parle toujours de l’antisémitisme musulman mais on oublie que l’antisémitisme et la critique d’Israël sont confondus de façon inadmissible et indicible. Le lobby pro-israélien pense bien s’en sortir. Et si, en plus, le président du Conseil central des Musulmans Aiman Mazyek projette avec l’Union des progressistes juifs et des sympathisants convaincus d’Israël comme Bodo Ramelow, le Premier ministre de l’État libre de Thuringe, un « voyage d’information » pour des réfugiés musulmans et des membres de communautés musulmanes pour qu’ils puissent montrer et prouver qu’ils sont « de bons Allemands bien intégrés », je suis d’avis que c’est une erreur car là n’est pas le vrai problème.

 

Ce ne sont pas les Musulmans qui doivent intérioriser la Shoah, même si on pousse Mazyek à voir les choses de cette façon. S’est-il jamais investi pour une visite de l’exposition sur la Nakba ou pour la liberté de la Palestine ou encore contre l’occupation israélienne ? Non, il essaie constamment de plaire à son collègue du Conseil central des Juifs et de ne pas se faire mal voir. Cela aurait pourtant été un signal important pour tous les Musulmans s’il avait dit quelque chose sur le racisme dans « l’État juif » qui est l’élément capital de la critique des Musulmans qui doivent, depuis des décennies, être témoins, impuissants, de la souffrance de leurs coreligionnaires sous l’occupation illégale de la Palestine, le vol continuel de leurs terres et la destruction de leurs moyens de subsistance.

 

Ce dont nous avons besoin ici en Allemagne, c’est d’un commissaire au racisme, et non pas d’un commissaire partial à l’antisémitisme en tant que lobbyiste supplémentaire pour Israël

 

Sinon, le racisme culturel contre les Musulmans et l’islam se poursuivra et il faut empêcher cela à tout prix.

 

 

Hinterlasse jetzt einen Kommentar

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.


*


%d Bloggern gefällt das: